Candice Raymond sur “La Degenerscence…”

Ahmad Beydoun, La Dégénérescence du Liban ou la Réforme orpheline, 2009.

in Le Mouvement Social, 21 decembre 2009.

 

Ahmad Beydoun, La Dégénérescence du Liban ou la Réforme orpheline. Arles, Actes Sud, 2009, 172 pages. « L’actuel ».

Que l’on ne se fie à la brièveté de l’essai, car il s’agit là d’un livre dense qui « contient les aboutissements d’une très longue réflexion ». Tiré d’une série de conférences au Collège de France reprenant la substance d’une contribution au Rapport du PNUD sur le développement humain au Liban, le dernier ouvrage d’Ahmad Beydoun marque en effet le temps de la synthèse pour le sociologue libanais. Mais il constitue, tout autant que la synthèse des réflexions d’un des plus brillants universitaires de sa génération, la contribution politique d’un intellectuel dont le parcours est marqué par un sens aigu de la responsabilité du penseur dans la Cité. Or cette contribution intervient dans un contexte de crise profonde du système politique libanais. Au-delà des aspects les plus conjoncturels et les plus médiatisés de la situation de crise politique, institutionnelle et sécuritaire qui secoue le Liban depuis l’assassinat, en 2005, de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, Beydoun cherche à rendre de la profondeur historique à un phénomène, le communautarisme politique, qui constitue pour lui le véritable moteur de cette dynamique du pire donnant son titre à l’opuscule : « la dégénérescence du Liban ». Le constat de crise innervant l’ensemble de la réflexion prend ainsi l’allure d’un cri d’alarme et d’une salutaire piqûre de rappel, tant la déconfessionnalisation du régime politique, serpent de mer de l’histoire contemporaine du Liban, semble avoir disparu des revendications politiques au cours des dernières années. S’insurgeant contre une certaine forme de fatalisme, et encore davantage contre les discours faisant de nécessité vertu, Ahmad Beydoun propose, d’une part, une analyse sans concession du triomphe du communautarisme libanais et de l’impasse mortifère dans laquelle ce succès historique a mené le pays. Il en tire, d’autre part, une série de recommandations devant conduire à la mise en place d’un régime véritablement démocratique fondé sur le principe de citoyenneté.

Le premier temps de la démonstration consiste en une réfutation des accusations de consécration du communautarisme faites à l’encontre du Document d’Entente Nationale (adopté en 1989 dans le cadre des accords de Taëf ayant permis de mettre fin à la guerre, il a été intégré in extenso dans le préambule de la Constitution libanaise en 1990). Il s’agit pour Beydoun de montrer, au contraire, que le principe de citoyenneté est au cœur du Document comme il le fût déjà dans celui de la première Constitution du Liban contemporain, en 1926. Les dispositions constitutionnelles et juridiques qui contredisent cet « esprit » de la Constitution ont trait au système politique (communautarisme politique) et à la gestion du statut personnel et de l’enseignement (communautarisme civil). Ces dispositions ont en commun d’être présentées comme non-exclusives d’un système de droit commun, pour ce qui est du civil, et comme des pis-aller temporaires, pour ce qui est du politique. Concernant ces dernières, l’accord de Taëf va jusqu’à programmer leur démantèlement, dont il prévoit les étapes et instruments. Ce n’est donc pas, selon l’auteur, à la Constitution, ni même au Pacte national de 1943, mais plutôt à une « conduite démissionnaire de l’État » et à une « insoutenable légèreté dans le traitement de la Constitution » qu’il faut attribuer la pérennisation de ces dispositions et l’approfondissement de l’emprise communautaire sur le système politique comme sur les citoyens. Car dans le même temps, l’institutionnalisation progressive des communautés, qui dominent globalement les appareils politiques, leur a permis de s’offrir comme alternative au processus de construction nationale métacommunautaire. Ces communautés, tendant à l’autarcie, limitent « leur besoin de l’État à l’exploitation politique de celui-ci » et l’empêchent de jouer un rôle d’arbitrage des conflits internes, ouvrant ainsi la porte aux ingérences des parties extérieures. Le double blocage de la construction nationale et de la mise en place d’un État souverain ne provient pourtant pas de la diversité communautaire en soi, comme le montrent de nombreux exemples de nations pluriculturelles dans le monde, mais plutôt de la cristallisation des communautés en groupements multifonctionnels exerçant un contrôle de plus en plus exhaustif sur leurs membres.

S’il est absurde de croire en une génération spontanée de l’identité nationale, la « récapitulation hâtive du parcours contemporain » du Liban que propose Beydoun dans un second temps permet pourtant de mettre en lumière le chemin parcouru depuis la création contestée de l’État libanais en 1920 : les « annexés » n’ont cessé de renforcer leur attachement à « l’entité » libanaise et de chercher à améliorer leur position en son sein. Les bases d’une construction nationale étaient donc présentes, mais ce sont les « polarisations communautaires dues aux quêtes de modification des équilibres socio-politiques » qui en empêchèrent l’actualisation. Si « d’être disputé, l’objet qu’on réduisait en lambeaux était paradoxalement confirmé dans son unité », l’aboutissement des cristallisations communautaires est une impasse : le succès du communautarisme l’a mené dans une crise fatale, dont le symptôme principal réside dans son échec à assurer une gestion cohérente et efficace du pays et à prévenir la résurgence périodique de conflits ouverts. Discutant les arguments de ceux qui, prenant acte de la segmentarité de la société, plaident en faveur d’un système consociationniste comme mode de gestion politique de la diversité communautaire, Beydoun défend au contraire « l’option d’États, présents en force dans le camp des démocraties, qui, en charge de sociétés aux nombreux clivages verticaux, assurent la protection des minorités (et, dans un sens, de la majorité aussi) non pas en faisant épouser à la représentation politique les contours primordiaux de la société mais en pénalisant toute discrimination portant atteinte au principe de l’égalité des citoyens. » Cette option lui semble d’autant plus impérative que, dans le cas libanais, le mode de partage du pouvoir entre communautés tendit à dépouiller de certaines de ses prérogatives un pouvoir central que les régimes consociationnistes prennent théoriquement soin de préserver. Beydoun avance ici la notion de « syndrome des communautés spécialisées » pour rendre compte de l’appropriation par certaines communautés, réelle ou perçue comme telle, de missions normalement dévolues à l’État central : la libération du Sud-Liban et la résistance à Israël devint ainsi l’affaire exclusive de la communauté chiite, la reconstruction et l’assainissement des finances publiques celle des sunnites, et la récupération de la souveraineté nationale face à la tutelle syrienne celle des maronites. Mais loin d’être cumulatifs, ces acquis de la période d’après-guerre, du fait de leur cachet communautaire, ont davantage contribué à l’approfondissement des divisions intercommunautaires qu’à la formation du consensus tant vanté par les tenants d’une consociation à la libanaise.

Les pages que Beydoun consacre ensuite à la notion de société civile, notion qui a gagné en visibilité dans la littérature sociopolitique sur le Liban dans la mesure où elle permet de désigner toutes les forces citoyennes susceptibles d’échapper à la société politique communautaire, ne permettent guère d’égayer le sombre tableau dressé jusque là par l’auteur. De la politisation de l’action syndicale à la mise en dépendance des milieux patronaux vis-à-vis des leaderships communautaires, en passant par le repli d’un « mouvement civil » dont la plupart des campagnes de revendication se sont soldées par des échecs, les espoirs fondés sur la société civile s’effacent devant le constat de subordination de la sphère socio-économique au jeu communautaire. Ultime élément de diagnostic, l’analyse que Beydoun propose des modes d’articulation entre ce même jeu communautaire et les logiques d’influence des parties extérieures met en lumière plusieurs paradoxes, notamment entre le patriotisme réel qui anime la plupart des acteurs libanais et leur aptitude à se soumettre aux logiques d’inféodation à l’extérieur venant miner la souveraineté de l’État. L’issue de toute l’analyse est sans appel : la réforme du système libanais représente « une question de vie ou de mort ». Mais il existe un acquis à partir duquel construire cette impérative réforme : le Document d’Entente Nationale, sur la base duquel Beydoun décline une série de propositions susceptibles de donner corps au projet de déconfessionnalisation en favorisant le « passage d’un système basé sur les quotes-parts à un autre fondé sur une logique de garanties antidiscrimination des citoyens » : élaboration d’une nouvelle loi sur la nationalité, remise sur rails du projet de loi civile facultative sur le statut personnel, nouvelle division administrative du pays, nouvelle loi électorale, déconfessionnalisation des trois présidences, des postes ministériels et de la fonction publique, etc. Mais encore faut-il, pour enclencher cette réforme, que les Libanais prennent conscience de l’urgence de la situation et convergent autour d’un consensus minimal sur le rejet du communautarisme. Or, « […] ce refus d’une commune identification du mal est précisément ce qui, jusque-là, rendait ce mal incurable. Le véritable mal, ce n’est autre que ce refus ». Quid d’une réforme sans réformistes ?

Cette dernière interrogation de l’auteur nous inspire deux remarques relatives à la genèse du projet réformiste libanais et à ses promoteurs. Si, comme le souligne Beydoun, « le communautarisme a une histoire », le projet de déconfessionnalisation en a aussi une. Et l’on peut à cet égard regretter la rapidité avec laquelle Beydoun traite de la guerre de 1975-1990, dont la dynamique initiale s’est pourtant nourrie d’une tentative de « réforme par les armes » (pour reprendre ici l’expression de Fawaz Traboulsi) menée en partie par des mouvements d’inspiration laïque sur l’échec desquels on aurait apprécié que Beydoun se penche davantage. En outre, si la réforme est orpheline, comme le stipule le sous-titre de l’ouvrage, peut-on faire dès lors l’impasse sur une lecture de la « paternité » du Document d’Entente Nationale? Beydoun ne mentionne à aucun moment ni les multiples propositions et tentatives de règlement qui ont précédé l’accord de Taëf et en informèrent la genèse, ni qui en furent les rédacteurs (à savoir ce qu’il restait en 1989 du parlement libanais élu en 1972), sans pour autant hésiter à se référer à « l’intention du législateur ». Le plaidoyer de l’auteur cherchant à disculper du pêché communautariste les textes constitutionnels du Liban contemporain ne semble pas complètement convaincant. On peut regretter ici que Beydoun ait abandonné certaines de ses analyses antérieures (son concept de « pudeur des communautés » par exemple) pour expliquer le fait que chaque étape constitutionnelle allant dans le sens d’une reproduction du communautarisme politique soit, dès le départ, allée de pair avec l’affirmation de son caractère provisoire et de la nécessité de son dépassement. Peut-être doit-on voir dans cette évolution la conséquence de ce que nous soulignions en introduction, à savoir que l’ouvrage ici recensé s’avère finalement être la contribution d’un intellectuel engagé, dont le désir d’une plus grande efficace de l’argumentaire paraît parfois affaiblir la portée heuristique de l’analyse. Pourtant, une plus grande historicisation du Document d’Entente Nationale, tout en permettant de mieux saisir les ressorts de l’échec de la réforme annoncée, n’en diminue pas nécessairement le potentiel réformateur, toujours actualisable. Point n’est besoin d’en appeler à « l’esprit de la Constitution » pour justifier l’appel fait aux citoyens à se saisir des opportunités fournies par l’accord de Taëf, aussi conjoncturels que puissent apparaître certains de ses déterminants. Le débat permanent sur les implications de Taëf qui a marqué la scène intellectuelle d’après-guerre et les multiples lectures du Document qui en résultèrent, témoignent bien du fait qu’il ne saurait y en avoir une interprétation exclusive et transcendante, ce qui est une bonne nouvelle : cette ambivalence est précisément ce qui en détermine la plasticité, elle autorise une marge d’interprétation et sa réappropriation par les citoyens. Taëf sera aussi ce que les Libanais décideront d’en faire.

Candice Raymond
Pour citer
Candice Raymond, « Compte rendu de Ahmad Beydoun, La Dégénérescence du Liban ou la Réforme orpheline, 2009. », Le Mouvement Social, et en ligne : http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=1577.
Mise en ligne le 21 décembre 2009.
© 2001-2007 Le Mouvement Social.

Gilles Paris sur “La Degenerescence…”

June 10

“La Dégénérescence du Liban ou la réforme orpheline”, d’Ahmad Beydoun : le Cèdre entamé

 
Le Liban sera-t-il plus stable après les élections du 7 juin ? Il est permis d’en douter compte tenu des obstacles qui se conjuguent pour rendre ce pays proprement ingouvernable. Ceux que les limites évidentes de cette démocratie théoriquement “consensuelle”, le poids du communautarisme et le jeu pervers des influences extérieures désorientent liront avec profit La Dégénérescence du Liban.
 

Dans ce petit ouvrage exigeant et magistral, l’universitaire Ahmad Beydoun passe en revue plus d’un demi-siècle d’histoire libanaise pour en mettre à nu les évolutions et surtout les impasses : l’échec d’un projet national bâti sur un double renoncement, celui des musulmans au rêve de l’unité arabe et celui des chrétiens à la protection de l’Occident. En sciences politiques, l’addition de négations ne produit pas de résultats positifs.

Le combat entre la consolidation citoyenne et les cristallisations communautaires a commencé bien avant la guerre civile, mais celle-ci l’a accentué à partir de 1989, avant d’être entretenu par le parrain syrien. Ahmad Beydoun ne nie pas les acquis dont peuvent se prévaloir les Libanais depuis la fin de la guerre civile, la reconstruction (par le sunnite Rafic Hariri), la libération du Liban sud de l’occupation israélienne (par le Hezbollah chiite) et le “desserrement de la poigne” syrienne (sous l’effet d’une pression sunnite, chrétienne et druze), mais c’est aussitôt pour démontrer que chacun “porte bien en évidence un stigmate communautaire”. Rien, donc, ne parvient à alimenter les ferments d’un Etat. Au contraire, “chaque acquis peut ajouter une lézarde à celles qui fissurent” le Liban.

Cette faiblesse peut-être consubstantielle, et en tout cas entretenue par les pôles communautaires, permet et rend toujours plus central le jeu des influences étrangères. Toutes les factions libanaises le déplorent, mais toutes font en sorte que la seule digue qui pourrait être dressée pour leur faire obstacle, l’Etat et l’intérêt national, soit consciencieusement rognée et arasée. Toutes font en sorte de maintenir un Etat faible, pour qu’il n’empiète pas sur leurs territoires, économique, symbolique ou militaire, et pour continuer de le piller à loisir. Au terme de ce sombre constat, Ahmad Beydoun propose ses pistes : élaboration d’une nouvelle loi sur la nationalité, nouvelle division administrative du pays, nouvelle loi électorale, déconfessionnalisation des postes stratégiques. Il prône le dynamitage d’un confessionnalisme qui a fait la preuve de son impuissance. Mais, s’interroge-t-il, trouvera-t-on des réformistes pour les porter ?

أنطوان جوكي عن “La Degenerescence…”

أحمد بيضون يقرأ تاريخ لبنان المعاصر: مرض الطائفية المزمن ومحاصرة أسبابه

انطوان جوكي
10 آذار (مارس) 2009, الحياة 9-3-2009

صدر للمؤرّخ وعالم الاجتماع اللبناني أحمد بيضون كتابٌ جديد باللغة الفرنسية (دار «أكت سود» – سلسلة «سندباد») يحمل عنوان «انحطاط لبنان أو الإصلاح اليتيم» ويتألف من محاضرات ألقاها في فرنسا خلال شهر أيار (مايو) الماضي، وتشكّل قراءة جريئة لتاريخ لبنان المعاصر يتخللها تشخيص دقيق للمشاكل السياسية والاجتماعية التي يتخبّط بها هذا البلد منذ ولادته الى اليوم. من هنا أهميته البالغة.

في الفصل الأول، يُظهر بيضون أن طريقة تطبيق اتفاق الطائف لا تبرّر مقولة شائعة مفادها أن هذا الاتفاق متّن الطائفية السياسية عبر تكريسٍ دستوري للطابع الطائفي للتمثيل النيابي، نظراً إلى تضمّنه إشارة واضحة إلى ضرورة إلغاء الطائفية وفقاً لسيرورة محدّدة بدقة. وحدها تغيّر الظروف التي جاءت بهذا الاتفاق حالت دون تطبيقه كاملاً. أما بالنسبة إلى الطائفية «المدنية»، وبعد التوقف عند قوانينها الدستورية، يبيّن بيضون طابعها الجائر بحق المواطن، والمرأة في شكلٍ خاص، وضرورة استبدالها بقانون علماني وحيد يضمن حقوق الجميع، مشيراً إلى أن اتفاق الطائف يتضمن أيضاً قانوناً لتشريع الزواج المدني الذي لا يزال مجمّداً، ويلحظ مسألة انتخاب مجلسٍ دستوري وتأسيس المحكمة العليا (لمحاكمة رؤساء الجمهورية والوزراء) اللذين بقيا حبراً على ورق.

في الفصل الثاني، ينتقل بيضون إلى موضوع «الميثاق الوطني» الذي يُعتَبر على خطأ السبب في دفع المواطنين اللبنانيين إلى التقوقع داخل طوائفهم، مشيراً أولاً إلى أن كسل ذاكرتنا هو الذي يشرح تحديد تاريخه بعام 1943، بينما الحقيقة أنه لم يظهر داخل مفردات الطبقة السياسية إلا بعد أربعة أعوام من استقلال لبنان، مع تقليص مضمونه إلى النفيين الشهيرَين اللذين أشار إليهما جورج نقّاش وتحويله فيما بعد إلى «ميثاق العيش المشترك» وتجاهُل الفقرة التي وضعها رياض الصلح داخله كهدف وطني وتدعو إلى إلغاء الطائفية، وحاول عبثاً فتح فجوةٍ في جدار الطائفية خلال السنوات اللاحقة. ويُبيّن بيضون أن التقاسم الطائفي للسلطة بسلسلة تعقيداته وأزماته، لا علاقة له بمضمون الميثاق المذكور، بل بما عُرف «بالصيغة» التي هي أقدم منه ومن دستور 1926 وأكثر تجذّراً في التقاليد السياسية، بالتالي أكثر فعالية، وقد استطاعت شل الدستور ومعه حقوق المواطنين ومنحت الطوائف الفرصة للتجهّز بمؤسسات مختلفة تسيطر عليها التشكيلات السياسية الطائفية، ما أدّى إلى نتيجتين: تقوقع متصاعد للطوائف وبلوغها نوعاً من الاكتفاء الذاتي، وتجميد انبثاق الدولة اللبنانية كسلطة وحيدة تلعب دور الحَكم أثناء الصراعات وانقسامات المجتمع السياسي، الأمر الذي ترك الباب مشرّعاً للتدخّلات الأجنبية المعروفة. ثم يندد بيضون بعبارة «إصلاح النفوس قبل النصوص» المستخدمة في لبنان للإيحاء بأنه لا بد من عقودٍ طويلة قبل التفكير بإصلاح هدفه تحرير مؤسسات الدولة من المنطق الطائفي، مظهراً أن هذه المؤسسات والقوانين التي تتحكّم بعملها هي الأكثر قدرة على بث روح المواطنة المفقودة، ومتوقفاً عند خطر تحوّل النظام التوافقي اللبناني خلال السنوات الثلاث الأخيرة إلى إجماعٍ إجباري يقود إلى حكومة وحدة وطنية تنحل داخلها المعارضة… والحكومة أيضاً!

في الفصل الثالث، يكشف بيضون الأسباب التاريخية التي أوصلت اللبنانيين إلى هذه الحال، بدءاً بمعركة ميسلون مروراً بزمن الانتداب الفرنسي ثم حلول بريطانيا مكان فرنسا عام 1940 فنكبة 1948 وثورة 1958 واتفاق القاهرة عام 1969 والحرب الأهلية اللبنانية، وانتهاءً بوضع سورية يدها على لبنان كاملاً بمباركة أميركية. بعد ذلك، يبيّن أن الأطراف التي رفضت الكيان اللبناني لدى تكوينه لم ترغب جدّياً في إلغائه بل شكّل سلوكها مناورة لتحسين موقعها داخل المعادلة اللبنانية. ومع الوقت، أدّت مناورات كل طائفة في هذا الاتجاه إلى استهلاك الدعوات إلى الأطراف الخارجية للتدخّل في لبنان وإلى التوقف عن تقديم هذا التدخّل كضرورة وطنية، كما أدّت الحرب الأهلية إلى حصر تمثيل كل طائفة بشخصيةٍ واحدة أو شخصيتين، بالتالي إلى تواري التنوع السياسي داخلها، مما أوصل النظام الطائفي إلى أزمةٍ مصيرية. في الفصل الرابع، يشير بيضون إلى أن وجود انقساماتٍ عمودية داخل مجتمعٍ ما لا يفرض على أبنائه تبنّي النموذج الديموقراطي المطبّق في لبنان ويُعرف تحت تسمية «consociationnisme». فهذه الانقسامات موجودة في جميع المجتمعات، بأشكالٍ مختلفة. والمشكلة التي تستدعي الحل المذكور هي تسييس هذه الانقسامات. لكن تكريس هذا النموذج يؤدّي حتماً إلى ترسيخ الصيغة التوافقية والتمهيد إلى اضطرابات مدنية عند كل تغيير مهم في ميزان القوى بين الأطراف المتعايشة. ولهذا يعتبر بيضون أن التوافق بين أطرافٍ يكون تمثيلها ثمرة اندفاعٍ شعبي أو تقاليدٍ استبدادية لا يمكن نعته بالديموقراطي.

ففي الحال اللبنانية، أدّى توزيع المناصب النيابية والحقائب الوزارية وفقاً لحجم كل طائفة إلى تحصّن الطوائف، الواحدة ضد الأخرى، خلال المحن، وإلى ترسيخ الصبغة الطائفية على التشكيلات السياسية، وإلى تطويع المواطنين، طوعاً أو إكراهاً، داخل طوائفهم وإخضاع حقهم في الوجود السياسي إلى شرط قبولهم بهذا التطويع. في الفصل الخامس، يستعرض بيضون الانجازات الثلاثة الكبيرة التي حققها اللبنانيون بعد الحرب الأهلية، أي إعادة إعمار البلد في التسعينات، تحرير الجنوب المحتل عام 2000 وفك قبضة النظام السوري عن لبنان عام 2005، ليبيّن أن كل واحد من هذه الانجازات مصبوغٌ طائفياً (ورشة الإعمار سنّية ومعركة التحرير شيعية ومواجهة النظام السوري مسيحية أوّلاً)، وأن ثمن هذه الانجازات وثمارها تم توزيعها بشكلٍ غير متساوٍ ووفقاً لمنطقٍ طائفي أيضاً.

في الفصل السادس، يتوقف بيضون عند المجتمع المدني اللبناني في مختلف وجوهه والناشط في المجال الاقتصادي – الاجتماعي وفي دفاعه عن الحقوق المدنية وحمايته الحرّيات الديموقراطية، كالمنظمات غير الحكومية (ONG) والحركات الاجتماعية وخصوصاً النقابات، مشيراً إلى الخطر الذي يتهدد هذه الحركات في تحويل مطاليبها لمصلحة مراكز تأثير سياسية – طائفية، كما حصل مع النقابات أثناء الوجود السوري في لبنان التي تم ترويضها واستيعابها من قبل التشكيلات السياسية – الطائفية.

في الفصل السابع، يكشف بيضون السبل الثلاثة التي اعتمدتها القوى الخارجية للإمساك بأحد أطراف المجتمع السياسي اللبناني: المساعدة المادية والتقنية التي تتخذ طابع الدعم المالي أو التجهيز والتدريب العسكري، وتصل أحياناً إلى حد التدخل العسكري المباشر، المساعدة السياسية عبر وضع في تصرّف الطرف اللبناني تأثير هذه القوى السياسية وشبكاتها المحلية والدولية، الإتباع التربوي أو الرمزي للطرف اللبناني عبر أنظمة قيَمٍ وطقوسٍ وسلوكٍ فكري وعاطفي مقولب. وفي هذا السياق، يتوقف بيضون عند العلاقة التي قامت خلال الحرب بين دولة إسرائيل ومنظمات مسلحة مسيحية أو ميليشيا لحد في جنوب لبنان، وعند العلاقة القائمة بين «حزب الله» والنظام الإيراني.

أما الفصل الثامن والأخير فخصصه بيضون لموضوع الإصلاح الديموقراطي الذي يبدو اليوم في نظره كحلمٍ بعيد المنال نظراً إلى استفحال الطائفية وإمساكها بجميع مفاصل المجتمع السياسي. ومع ذلك، يدعونا إلى العودة إلى اتفاق الطائف كونه ينصّ على ضرورة تأليف لجنة وطنية مهمتها إلغاء الطائفية، مذكّراً بالاقتراح الذي وضعه قبل سنوات لإنجاح مهمة هذه اللجنة ويتضمّن مجموعة نقاط لا بد من أخذها في الاعتبار، وهي: وضع قانون جديد للجنسية اللبنانية، إعادة إحياء مشروع القانون المدني المتعلق بالاحوال الشخصية بعد مراجعته وإكماله، القيام بتقسيمٍ إداري جديد للبلد، وضع قانون انتخابي جديد ينتفي فيه التوزيع الطائفي للمقاعد، إلغاء الصبغة الطائفية عن المناصب الرئاسية الثلاثة والمناصب الوزارية، اتخاذ إجراءات لتطبيق إلغاء الطائفية في الوظائف العامة، والعمل على المستويين الاجتماعي والسياسي لتقوية الرابط الوطني.